Fixer son dermatoscope sur son smartphone permet de photographier en quelques secondes ce que l'on voit à l'œil dans l'oculaire. C'est simple, peu coûteux et très utile pour le suivi d'une lésion ou une demande d'avis. Mais une photo dermoscopique prise au téléphone n'est pas automatiquement une bonne image médicale : couleur, netteté et rigueur de prise de vue font toute la différence.
L'essentiel en 30 secondes
- Le principe : c'est le dermatoscope qui fait l'image (optique, éclairage, polarisation) ; le smartphone ne fait que l'enregistrer.
- Ce que dit la science : des images dermoscopiques prises au smartphone permettent un tri fiable des lésions suspectes et raccourcissent les délais de prise en charge des cancers cutanés.
- Les limites : couleurs variables d'un téléphone à l'autre, pas de standardisation, et des photos de patients qui finissent dans la galerie personnelle.
- Pour qui : idéal pour documenter une lésion et demander un avis. Pour une qualité maximale ou un suivi photographique régulier, d'autres solutions existent : nous les comparons dans un article dédié.

Comment ça marche
C'est le dermatoscope qui fait l'image ; le smartphone ne fait que la photographier. La plaque posée sur la peau et les LED éclairent la lésion, l'optique la grossit, et l'adaptateur place l'objectif du téléphone devant l'oculaire, là où se trouverait votre œil.

Conséquence pratique : un téléphone récent ne rattrape pas un dermatoscope médiocre, alors qu'un bon dermatoscope donne de bonnes images même avec un téléphone de milieu de gamme.
Les différents types d'adaptateurs
Il existe plusieurs façons de relier un dermatoscope à un smartphone. Le bon choix dépend surtout de la fréquence d'usage et du nombre de téléphones dans le cabinet.

Type | Principe | Avantages | Points d'attention |
|---|---|---|---|
Coque sur mesure | Une coque adaptée à un modèle précis de téléphone intègre la fixation du dermatoscope | Centrage parfait sur l'objectif, montage en un geste | À racheter à chaque changement de téléphone ; offre souvent limitée aux iPhone, et rarement à jour pour les derniers modèles |
Adaptateur universel à pince | Un support réglable se serre sur le téléphone, le dermatoscope s'y fixe par aimant | Compatible avec presque tous les smartphones, Android comme iOS | Petite manipulation à chaque usage : visser pour serrer, dévisser pour retirer. Il faut aussi centrer soi-même l'adaptateur devant le bon objectif |
Adaptateur pincé sur l'écran | Une pince prend le téléphone en sandwich, face avant et dos, et maintient le dermatoscope devant l'objectif | Universel et bon marché | La pince appuie directement sur l'écran : avec le temps, elle peut le marquer ou l'abîmer. Montage moins stable |
Adaptateur universel magnétique | Un bouton de fixation se colle sur une coque rigide, le dermatoscope s'y clipse par aimant | Fin, rapide à poser et à retirer, s'adapte à toutes les dispositions de caméras | Nécessite une coque à dos dur (polycarbonate ou acrylique) |
Dermatoscope « clip » grand public | Une petite optique grossissante se fixe directement sur l'objectif | En général bon marché | Attention à la qualité de la polarisation, éclairage et reflets mal maîtrisés. On perd aussi l'observation optique : la lésion ne se voit plus qu'à travers l'écran |
Chez HEINE, par exemple, les DELTA 30, DELTA 30 PRO et DELTAone se connectent au smartphone par un adaptateur universel magnétique, qui demande une coque à dos rigide. La marque propose aussi des coques sur mesure pour des modèles d'iPhone (12 Pro pour le plus récent) et un adaptateur universel à pince qui maintient le téléphone sur la bague de mise au point.
Le piège des téléphones à plusieurs objectifs : il faut placer l'adaptateur devant l'objectif principal. HEINE conseille de tester chaque objectif et de garder celui qui donne une image nette et sans vignettage. N'utilisez pas le mode macro, l'image sera surexposée.
Qualité d'image : ce qui fait la différence
La qualité d'une photo dermoscopique dépend d'abord du dermatoscope, ensuite du téléphone. Un smartphone haut de gamme ne compensera jamais une optique médiocre ou un éclairage mal maîtrisé.
Ce qui vient du dermatoscope
- L'optique : grossissement, champ de vision et absence de déformation sur les bords.
- L'éclairage : LED homogènes et couleur de lumière stable, pour des teintes fidèles.
- Le mode de lumière : polarisé, non polarisé ou immersion ne montrent pas les mêmes structures. Pour la photo, nous recommandons la lumière polarisée au contact : la plaque appuyée sur la peau stabilise la distance et supprime l'essentiel des reflets.
- La plaque de contact graduée : l'échelle visible sur la photo permet de mesurer la lésion et de comparer deux clichés dans le temps.
Ce qui vient du smartphone
- Le traitement automatique de l'image : les téléphones « embellissent » les photos (contraste, saturation, lissage). Agréable pour un portrait, gênant pour une lésion pigmentée.
- La balance des blancs et l'exposition automatiques, qui changent d'une photo à l'autre.
- Le zoom numérique, qui dégrade l'image au lieu de l'agrandir.
- Le choix de l'objectif sur les téléphones à plusieurs caméras.
Ce que disent les études scientifiques
Les études convergent : un dermatoscope de qualité fixé sur un smartphone produit des images fiables pour trier les lésions et demander un avis. La dermoscopie apporte un vrai plus par rapport à une simple photo au téléphone.
Étude | Ce qui a été testé | Résultat principal |
|---|---|---|
20 centres de soins primaires suédois adressent leurs patients au dermatologue via une application et un dermatoscope fixé au smartphone (816 patients), comparés à 746 patients adressés par courrier papier | Délai avant chirurgie nettement plus court pour les mélanomes et carcinomes ; plus de 40 % des patients auraient pu éviter une consultation ; seulement 0,4 % d'images inexploitables | |
113 tumeurs cutanées photographiées au téléphone, avec un dermatoscope posé sur l'objectif, puis évaluées à distance | Très bonne concordance avec le diagnostic de référence (κ = 0,84) ; mais 6 % des images dermoscopiques inexploitables, contre 1 % des photos cliniques | |
Revue systématique sur la télédermatologie pour le diagnostic des cancers cutanés | Moins de 7 % des lésions malignes manquées ; outil jugé utile pour aider le généraliste à décider qui adresser | |
Carcinomes cutanés : images dermoscopiques vs simples photos smartphone, analysées par intelligence artificielle | Précision de 87,8 % avec la dermoscopie contre 74,8 % avec la photo smartphone seule | |
Microscope « clip » bon marché (Nurugo) comparé à un dermatoscope classique | Résultats encourageants sur 78 lésions, mais les auteurs listent eux-mêmes les défauts : reflets du flash, pas de lumière polarisée, champ de vision de 3 mm² seulement, appareil non médical |
Ce qu'il faut en retenir
- La dermoscopie au smartphone est un outil de tri et de communication validé, en particulier entre médecin généraliste et dermatologue.
- La qualité de l'image reste le point faible : la part de photos inexploitables a fortement baissé entre 2011 et 2015, grâce à de meilleurs appareils et à un protocole de prise de vue.
- Une photo smartphone sans dermatoscope fait nettement moins bien qu'une image dermoscopique.
- Un gadget grand public ne remplace pas un dermatoscope médical.
Les limites à connaître
Le smartphone a été conçu pour faire de belles photos, pas des photos fidèles. C'est la principale limite de la dermoscopie mobile, et elle a quatre conséquences concrètes.
1. Des couleurs qui varient d'un téléphone à l'autre. En dermoscopie, la couleur est un critère de diagnostic (bleu-gris, brun, rouge…). Or chaque téléphone interprète les couleurs à sa façon, et ses réglages automatiques changent d'une photo à l'autre. Une étude sur un dermatoscope de poche fixé à un smartphone montre qu'un étalonnage colorimétrique ramène l'écart de couleur à un niveau proche de ce que l'œil perçoit (Cugmas et al., 2017). Sans étalonnage, rien ne le garantit.
2. Un suivi dans le temps difficile à standardiser. Comparer une lésion à six mois d'intervalle suppose le même cadrage, la même lumière et le même rendu. Avec un téléphone qui se met à jour, ou que l'on change tous les deux ou trois ans, ces conditions ne sont plus réunies.
3. Une lésion isolée, pas un examen complet. Une photo transmise ne montre que la lésion choisie. Les auteurs des études rappellent que la télédermoscopie ne remplace pas l'examen cutané complet, au cours duquel d'autres lésions sont souvent découvertes.
4. Des données de santé dans un téléphone personnel. Une photo de lésion est une donnée de santé, dont le praticien est responsable au sens du RGPD. Elle ne doit ni rester dans la galerie personnelle, ni circuler par une messagerie grand public (CNIL). Transfert, archivage et envoi en téléexpertise feront l'objet d'un prochain article.
Bonnes pratiques pour une image exploitable
Quelques réflexes suffisent à transformer une photo « correcte » en image utile pour un confrère.
- Toujours deux photos : une vue d'ensemble pour situer la lésion sur le corps, puis la vue dermoscopique.
- Travailler au contact, en lumière polarisée, plaque nettoyée et désinfectée entre deux patients.
- Centrer la lésion et la laisser entière dans le champ, avec l'échelle graduée visible.
- Faire la mise au point sur le dermatoscope, puis toucher l'écran pour verrouiller la mise au point et l'exposition du téléphone.
- Ne pas utiliser le zoom numérique ni de filtre, et désactiver les modes « embellissement » ou portrait.
- Toujours le même téléphone et le même dermatoscope pour suivre une même lésion dans le temps.
- Contrôler la photo avant de laisser partir le patient : nette, sans bulle, sans reflet ni poil devant la lésion.
- Stocker et transmettre de façon sécurisée, via une application de photographie médicale ou de téléexpertise, jamais dans la galerie personnelle.

Pour aller plus loin
Le smartphone est la porte d'entrée de la photo dermoscopique. Si vous photographiez souvent, si vous suivez des patients dans le temps ou si vous cherchez la meilleure qualité possible, un appareil photo reflex ou hybride, ou une caméra dédiée comme la Casio DZ-D100, peut être plus adapté.
Photo en dermoscopie : smartphone, appareil photo ou caméra dédiée ?
Références
Études scientifiques
- Börve A, Dahlén Gyllencreutz J, Terstappen K, et al. Smartphone teledermoscopy referrals: a novel process for improved triage of skin cancer patients. Acta Derm Venereol. 2015;95(2). doi:10.2340/00015555-1906
- Börve A, Terstappen K, Sandberg C, Paoli J. Mobile teledermoscopy — there's an app for that! Dermatol Pract Concept. 2013.
- Kroemer S, Frühauf J, Campbell TM, et al. Mobile teledermatology for skin tumour screening: diagnostic accuracy of clinical and dermoscopic image tele-evaluation using cellular phones. Br J Dermatol. 2011;164(5):973-979.
- Chuchu N, Dinnes J, Takwoingi Y, et al. Teledermatology for diagnosing skin cancer in adults. Cochrane Database Syst Rev. 2018;12:CD013193.
- Dascalu A, Walker BN, Oron Y, David EO. Non-melanoma skin cancer diagnosis: a comparison between dermoscopic and smartphone images by unified visual and sonification deep learning algorithms. J Cancer Res Clin Oncol. 2021. doi:10.1007/s00432-021-03809-x
- Veronese F, Branciforti F, Zavattaro E, et al. The role in teledermoscopy of an inexpensive and easy-to-use smartphone device for the classification of three types of skin lesions using convolutional neural networks. Diagnostics. 2021;11(3):451.
- Cugmas B, Pernuš F, Likar B. Color constancy in dermatoscopy with smartphone. Proc SPIE 10592, Biophotonics—Riga 2017.
Recommandations et documentation